Congrès du Monde - Un dimanche d'exécutions (français)

Il s'agit de la réédition de la cassette originale de Congrès du Monde Un dimanche d'exécutions avec en bonus les trois titres originaux autour desquels la démo est construite.

Un dimanche d'exécutions est un album dont on ne saurait dire s'il a été enregistré hier ou il y a 25 ans. La musique est noyée dans les clics et le souffle, et le seul instrument est une note de guitare synthétique mal samplée – et tout cela a produit ce son qui semble fatigué, usé, au fil des années, comme une photo qui s'efface et se décompose. Les trois mélodies ont un côté primitif, maladroit, très amateur et vieillot, qui les rend émouvantes, pleines de nostalgie ; elles évoquent autant certains projets des années 90 qui utilisaient typiquement ce genre de sons un peu cheap, que les musiques des vieux jeux vidéo de cette même décennie.

"Des hommes et des femmes dos au mur, puis abattus, dans un monde en noir et blanc où il semble faire toujours froid."

On ne trouve pas beaucoup de disques d'ambiance ou industriels, évoquant la seconde guerre mondiale, qui se placent du côté des victimes et du rejet total de la guerre. Throbbing Gristle voyait probablement les choses ainsi et les premiers groupes industriels aussi, mais depuis la vague du néofolk, de l'industriel martial... on assiste essentiellement à une esthétisation, sous couvert d'une dénonciation plus ou moins hypocrite, de la guerre, des régimes autoritaires, du soldat en héros, etc. Cela dit, les mélodies et les atmosphères de ce disque sont plutôt agréables, pas du tout "sombres" ou "déprimantes". 

Plutôt douces et rêveuses comme un dimanche paisible et ensoleillé de l'enfance...

https://paysfantome.bandcamp.com/album/un-dimanche-dex-cutions

"Une place où l'on a joué, enfant. Dont on rêve régulièrement, une fois adulte. Que l'on revoit sous un soleil irréel, magique, une lumière d'éternité.

Une grande maison dont le mur qui donne sur la place est comme lépreux, criblé de trous et de taches ; on l'imagine, sans savoir vraiment pourquoi, comme le décor d'innombrables morts. D'exécutions capitales en masse. Des hommes et des femmes mis le dos au mur, puis abattus, dans un monde en noir et blanc où il semble faire toujours froid.

Abattus au cours d'un "dimanche d'exécutions" – expression étrange, entêtante, dont on est persuadé que c'est le titre d'un livre qu'on aurait eu entre les mains, avant de réaliser, plus tard, qu'il n'existe pas.

Non loin de cette place, il y a des champs, des vergers. On est hanté par eux aussi, depuis l'enfance, depuis des rêves où ils semblaient s'étendre à l'infini comme une steppe primordiale. On la visitait aussi dans des rêves éveillés, face à un écran d'ordinateur, dans Sapiens ou d'autres jeux primitifs et fascinants, sans distinguer vraiment dans son imaginaire les espaces irréels du jeu de ceux que l'on parcourait physiquement.

Ces champs inoubliables s'étendaient depuis l'arrière de l'immeuble où enfant, le dimanche matin, on écoutait dans son lit les cloches sonnant la messe, au loin, avec l'impression, bien qu'on ne fut pas capable de le formuler, de vivre un moment d'éternité.

Ces cloches qui, un jour, sonneront enfin, vraiment, pour l'éternité ; dimanche éternel, un printemps éternel, une Pâque éternelle.

On se souvient peu à peu que sur cette place où l'on jouait se trouvait une maison à colombages, très belle, très ancienne, que les gens du coin appellaient la Maison du Bourreau. Il y avait un Calvaire, juste devant.

Dimanche est le jour où l'on rejoue – pour de vrai, comme disent les enfants – l'exécution du Christ, son sacrifice, mais celui aussi où l'on célèbre sa Résurrection.

Le mur criblé de balles d'une part, les vergers de l'autre ; qui cohabitent.

On se souvient d'un grand-père qui attend maintenant sa propre résurrection. Il réparait les avions, et après la guerre avait contribué à remettre en état l'aérodrome tout proche. On avait grandi soi-même dans le bruit des moteurs, hauts dans le ciel ; un drone interminable qui faisait plâner sur la vie quotidienne une impression mélangée de protection et de menace, de sacré et de règne de la Technique ; on avait de toutes façons pas la capacité de la formuler.

Ce grand-père avait été sur le front de l'Est. Au contact direct des deux totalitarismes du siècle. Pris dans la guerre de Satan contre lui-même.

Les exécutions de masse des régimes totalitaire sont des sacrifices humains ; la Race, le Prolétariat, l'Homme Nouveau, sont des dieux assoiffés de sang.

Au lieu du Sacrifice Parfait, un siècle d'exécutions innombrables."